Isabelle Stengers : « Une autre science est possible ! Manifeste pour un ralentissement des sciences »

L’idée de cette page est de faire un résumé des points principaux pour chaque chapitre du Manifeste pour un ralentissement des sciences écrit par Isabelle Stengers. Le livre est une compilation de 5 textes qui avaient été écrits pour différentes occasions (articles, colloques) mais qui sont regroupés sous la même idée qu’une autre science est possible et, j’irai plus loin, doit être envisagée.
Le corps de texte principal tel que disponible ici est un mélange de citations du livre, soit telles qu’écrites dans le livre, ou remaniées et/ou légèrement modifiées par mes propres mots. A la fin de chaque compilation d’extraits, j’ai ajouté un paragraphe rassemblant les notions principales abordées dans le chapitre en question.

Je n’ai aucune prétention à avoir tout compris de ce livre, l’idée ici est plutôt de partager une lecture qu’il me parait important d’avoir en tant que scientifique et d’en énumérer quelques points importants, du moins à mes yeux.

Chapitre I : Pour une intelligence publique des sciences

« Il faut réconcilier le public avec sa science. »
Tout citoyen devrait avoir un minimum de « bagage scientifique » (literacy) afin de comprendre le monde dans lequel nous vivons, et notamment pour accepter la légitimité des transformations de ce monde que les sciences rendent possibles. De fait, quand il y a résistance publique contre une innovation soutenue par les scientifiques (ex : OGM), le diagnostique habituel est un manque de compréhension : le public ne comprendrait pas que la modification génétique des plantes n’est pas essentiellement différente de ce qu’ont fait les agriculteurs depuis des millénaires à ceci près qu’elle est plus efficace et plus rapide.
D’autres demandent la compréhension de la méthode assurant une « scientificité » car le public ne comprendrait pas non plus qu’il y a des questions que les scientifiques n’ont pas à poser, il aurait tendance à mélanger « faits » à « valeurs ». Il ne s’agit pas de refuser aux citoyens le droit d’accepter ou de refuser une innovation mais ils doivent le faire pour des raisons solides, sans confondre faits scientifiques et convictions/valeurs qui sont les leurs.
Les sciences sont donc un modèle que tout citoyen pourrait suivre dans sa vie quotidienne => base de toute démarche rationnelle.
Ces arguments justifient aujourd’hui le mot d’ordre des autorités publiques face à la méfiance relative de beaucoup de citoyens ou au scepticisme face au caractère bénéfique du rôle des scientifiques dans la société : « il faut réconcilier le public avec sa science ».

Matter of concern vs matter of fact:

  • concern = “politisation” (vu comme quelque chose de négatif): Penser, hésiter, imaginer, prendre parti pour différentes situations se présentant. Ce processus exclue l’idée de « la » bonne solution, impose des choix souvent difficiles après hésitation, concertation, peut-être protestation
  • fact = situation qui devrait emporter le consensus

On est sur un discours visant la compréhension du public, alors qu’on devrait plutôt favoriser une intelligence publique des sciences, rapport intelligent à créer aux productions scientifiques mais aussi aux scientifiques.

Le caractère généralement bénéfique du progrès scientifique est tenu pour acquis. La petite question de savoir pourquoi ce progrès peut aujourd’hui être associé à un « développement insoutenable » ne sera pas posée.

Les scientifiques savent que l’économie de la connaissance marque une rupture avec un compromis qui leur assurait un minimum d’indépendance vitale. Mais ils ne peuvent pas le dire en public car il existe la crainte que si le public découvre la manière dont la science « se fait », il perde confiance et réduise toute proposition scientifique à une simple expression d’intérêts particuliers. Les gens doivent continuer à croire à la fable d’une recherche « libre », animée par la seule curiosité, à la découverte des mystères du monde.
=> Les scientifiques ont de bonnes raisons d’être inquiets mais ils ne peuvent pas le dire. Ils ne peuvent pas plus dénoncer ceux qui les nourrissent que des parents ne peuvent se disputer devant leurs enfants. Rien ne doit rompre la croyance confiante en la Science, ni inciter « les gens » à se mêler de questions qu’ils sont, de toutes façons, incapables de comprendre.

Jean-Marc Lévy-Leblond : « Si ces frères ennemis, le scientisme et l’irrationalisme, prospèrent aujourd’hui, c’est que la science inculte devient culte ou occulte avec la même facilité »

S’il doit y avoir une intelligence publique des sciences, un rapport intelligent, c’est-à-dire intéressé mais lucide, à leurs propos, cette intelligence concerne aussi bien les scientifiques que « les gens », tous vulnérables à la même tentation.
Problème principal : il n’y a pas de connaisseurs, spécialistes avertis, suffisamment pour qu’existe une culture active (impliquant une production conjointe entre scientifiques et connaisseurs avertis) où il serait possible d’évaluer l’information donnée, d’en discuter la pertinence, de faire la différence entre propagande et pari risqué.
En effet, l’existence de tels connaisseurs ou amateurs constitue pour les spécialistes un milieu exigeant, qui les contraint à entretenir avec ce qu’ils proposent un rapport « cultivé » : ils savent le danger de passer sous silence les points faibles, car celles et ceux à qui ils s’adressent feront attention aussi bien à ce qui est affirmé qu’à ce qui est négligé ou omis.

La « confiance indifférente » de ce public que les scientifiques estiment devoir protéger contre les doutes signe avant tout l’absence d’un milieu de connaisseurs exigeants, susceptibles de contraindre les scientifiques à prendre garde à leur jugements normatifs quant à ce qui compte et ce qui est insignifiant, à présenter leurs résultats sur un mode lucide, c’est-à-dire à les situer activement en relation avec les questions auxquels ils répondent effectivement et non comme réponse à ce qui fait l’objet d’un intérêt plus général.

Il faudrait un ‘amatorat’ distribué, une multiplicité de connaisseurs assez dense pour que ceux qui ne sont pas connaisseurs dans un domaine puissent savoir que si jamais un domaine devait les concerner, ils pourraient l’approcher de manière intelligente grâce au milieu des connaisseurs qui s’est déjà formé à son propos.
/!\ connaisseurs =/= autodidacte : les connaisseurs ne défendent pas de savoirs alternatifs, cherchant une reconnaissance professionnelle
L’intérêt des connaisseurs pour les savoirs produits par des scientifiques est distinct de l’intérêt des producteurs de ces savoirs (bigger picture, pours et contres), ils sont donc susceptibles de jouer un rôle crucial qui devrait être reconnu par tous ceux pour qui la rationalité compte. Agents d’une résistance aux prétentions des savoirs scientifiques à une autorité générale, ils participeraient à une production de « savoirs situés ».
Le risque d’une confiance aveugle (i.e. l’absence d’une intelligence publique des sciences) est de basculer en méfiance et hostilité, complotismes, dogmatismes, d’autant plus facilement que les liens entre recherche et intérêts privés seront toujours plus denses et les scandales des conflits d’intérêts toujours plus nombreux.
Les scientifiques qui luttent pour garder un minimum d’autonomie ne pourront pas juste appeler à « sauver la recherche » mais devront oser dire ce dont il faut la sauver, devront rendre publique la manière dont ils sont incités ou même contraints à devenir de simples fournisseurs d’opportunités industrielles. Ils auront besoin d’une intelligence publique susceptible de les entendre.
Ce soutien public intelligent se mérite !

  • Il est nécessaire d’entendre et de prendre en compte et au sérieux les questions et objections aujourd’hui trop souvent renvoyées à une opinion « qui ne comprend pas la science ».
  • Il est nécessaire de remettre en cause et en question la méfiance profondément ancrée envers tout risque de mélange entre « faits » et « valeurs », cette opposition entre rationalité scientifique et opinion, entre loyauté scientifique et conscience citoyenne.

Il semble que la curiosité, bien plus que la réflexivité critique si chère aux épistémologistes, soit ce qu’il s’agit de nourrir, de libérer des jugements quant à ce qui compte et ne compte pas. Et que cette curiosité soit capable de rassembler des étudiantes de différents champs, de leur permettre de travailler ensemble, d’être confrontés ensemble à des situations qui les forcent à prendre de la distance par rapport à leurs abstractions favorites respectives, et surtout de vaincre une double peur : celle des scientifiques d’être confrontés à des questions « qui les dépassent » et celle des « littéraires » ou « sciences humaines » face à l’autorité des sciences dites dures. Bref, développons un goût pour cette « intelligence » (comprendre ici, la capacité à se décentrer, à écouter les autres points de vue et perspectives, etc.). Il n’y aura pas d’intelligence publique des sciences si les scientifiques eux-mêmes ne prennent pas ce goût.



Dans ce chapitre, il est question de la relation entre monde académique et grand public. Il devient urgent d’associer le public aux questions scientifiques quand elles le concernent directement (progrès, innovation scientifiques importées dans la société) mais aussi de façon générale. Il est en effet important de pousser à l’émergence d’un milieu d’amateurs scientifiques, qui joueraient non seulement le rôle de pont entre le jargon et les méthodes scientifiques et les intérêts du public, mais aussi à permettre l’existence d’aller retours entre milieu scientifique et milieu non scientifique. Cette nouvelle dynamique, cette intelligence publique des sciences, permettrait

  • D’avoir un support du public lorsque les intérêts industriels, économiques et la course au progrès mettent en danger le bon fonctionnement des sciences (on peut faire le lien avec le projet LPPR actuel qui est une bataille entre politique et académie, sans lien aucun avec les autres parties de la société), potentiellement au détriment des citoyens (science bâclée, science à la botte de = qualité diminuée)
  • De contrer l’érosion de la confiance du public en les revendications scientifiques et donc de lutter contre l’avancée de l’obscurantisme ou du complotisme (ou autres courants similaires)
  • D’être un gage de qualité des recherches scientifiques et de contraindre les scientifiques à prendre garde à leurs jugements normatifs (ex : ce qui compte et ne compte pas n’est pas la même chose pour tout le monde), à présenter leurs résultats sur un mode lucide, c’est-à-dire à les situer activement en relation avec les questions auxquels ils répondent effectivement et non comme réponse à ce qui fait l’objet d’un intérêt plus général. Situer les savoirs réfère aussi à la notion de transplantation (chapitre 3).

/!\ ici intelligence publique des sciences =/= médiation scientifique ou vulgarisation scientifique qui sont des processus de mise à niveau du savoir scientifique depuis l’autorité du scientifique et qui représente donc un échange unilatéral, dicté par le bon vouloir du chercheur de transmettre ou non ses connaissances et selon ses propres termes. Il faut aller plus loin.


Chapitre II : Avoir l’étoffe du chercheur

La raréfaction constatée des jeunes dans les carrières scientifiques est souvent analysée comme un symptôme social : les jeunes aujourd’hui refuseraient les sacrifices et l’engagement exigeant que demandent les « vraies » sciences et rechercheraient ce qui promet une jouissance immédiate. Les sciences seraient donc les victimes innocentes d’un fait de société.
Une vocation placée sous le signe de la curiosité, de la découverte des mystères de l’univers, des bienfaits apportés par les savoirs scientifiques est celle promue chez les jeunes (enfants). Mais à la grande aventure de la curiosité humaine présentée aux enfants se substitue le thème d’une vocation exigeant corps et âmes. Et c’est ce reproche fait aux jeunes d’aujourd’hui : le fait de ne plus accepter le consentement aux sacrifices que demande le service de la science.
Ce louage du sacrifice nécessaire impacte notamment les femmes qui ont encore à gérer la charge mentale et les responsabilités familiales.

Virginia Woolf (dans son ouvrage ‘Trois guinées’, 1938) : « Que les filles aillent à l’université mais qu’elles n’y fassent pas carrière ni dans les autres professions promettant prestige et influence. Qu’elles profitent de l’université pour acquérir des savoirs qui les émancipent effectivement, mais qu’elles restent aux marges. Car elles ne pourront modifier l’ethos que demandent ces professeurs : la rivalité agressive, la prostitution intellectuelle, l’attachement à des idéaux abstraits. » = étoffe du chercheur.

Ces traits sont davantage associés à un caractère masculin, à l’époque de Woolf c’était encore plus pregnant puisque très peu de femmes faisaient une carrière scientifique. Il est intéressant de mentionner/constater que des différences liées au genre sont encore présentes près d’un siècle plus tard quand on regarde l’évolution des carrière scientifique.

« La seule chose susceptible de réunir des scientifiques de différentes disciplines n’est autre que la définition de l’opinion comme irrationnelle, subjective, influençable, prisonnière des illusions et apparences. » => c’est aussi le contenu que Bachelard donne à la rationalité scientifique : un « non » ascétique opposé à la véritable galerie des horreurs de l’opinion. « En droit, l’opinion a toujours tort, même dans les cas où, de fait, elle avait raison » = cri du cœur du « vrai » chercheur.

Aujourd’hui une grande partie de l’expertise scientifique a pour rôle de faire taire les inquiétudes de l’opinion, de lui faire savoir qu’elle se trompe et qu’elle est incapable de ce jugement objectif qui est le privilège des scientifiques. Et c’est parce qu’il s’agit d’un véritable devoir, consenti au nom de l’intérêt général, que la pertinence d’une telle expertise sera rarement discutée au sein du monde académique.

Quelle est cette objectivité que nous avons pour mission de défendre ?

Si les « faits » s’opposent aux valeurs et sont capables de rendre « objectivement décidable » n’importe quelle question, comment résister à l’injonction de faire prévaloir cette capacité ? Lorsque parmi les scientifiques certains ont répondu présents à l’injonction d’avoir à rendre décidable tout ce qui peut faire hésiter, l’imposture n’a pas été généralement dénoncée par leurs collègues. Eux qui avaient jugé que pour faire taire l’opinion il fallait présenter un front uni, d’une « méthode scientifique » garante d’objectivité, ont dû tolérer la prolifération de nouveaux experts armés de méthodes dont le caractère aveugle devenait synonyme d’objectivité. Les « data-based » ou « evidence-based sciences » se sont données pour mission de définir toute situation, tout enjeu, tout choix dans des termes qui permettent à des données objectivement mesurables d’évaluer et de trancher => ethos. Les débats et hésitations des collègues deviennent alors de simples opinions.
Tout ce qui pourrait donner du recul à un chercheur par rapport à sa discipline a été exclu, synonyme de « perte de temps », sinon de vecteur de doute. Le vrai chercheur n’est pas pour autant aveugle au monde qui l’entoure mais il refuse à ce monde le pouvoir de le faire hésiter.

De fait, vers qui se tourner quand on a constamment opposé objectivité scientifique et préoccupation politique ? Comment poser publiquement la question d’un désastre quand on ne veut pas que le public perde confiance en « sa » science ? Et se mêle de ce qui ne doit pas le regarder ?

L’étoffe du chercheur, sa dépendance à ce que Woolf appelait des démarcations mystiques, lui interdit de se poser avec d’autres la question de cette civilisation où nous nous trouvons. Il ne peut que geindre et tenter, mais chacun pour soi, de détourner un peu de temps et quelques moyens pour ce qu’il nommera une « bonne recherche » qui fait « avancer la science ».

Un espoir d’amélioration de cette condition de scientifique rationnellement ‘déconnecté’ du monde qui l’entoure peut se trouver à travers des exigences imposant aux scientifiques de rejouer la question de ce qui peut/doit être attendu des chercheurs. Par des exigences lui interdisant de maintenir une attitude de déni face aux questions qu’un vrai chercheur n’a pas à se poser. Par exemple, des dispositifs du type de « jury citoyen », « convention ou consultation citoyenne ». Quand ils sont efficaces, ces dispositifs ont pour vocation de résister à l’ensemble des mots d’ordre ou des jugements qui hiérarchisent les points de vue ; ils constituent des opérateurs de mise à égalité contre la mise en scène « si vous voulez discuter il faut d’abord discuter de votre ignorance » car c’est le jury qui pose les questions, demande des explications, évalue la pertinence des explications données.

Savoir situés : ce qui a pour vocation de contester le rapport privilégié des sciences aux questions d’intérêt collectif.
Être capable de se situer, de situer ce qu’on sait, de le lier activement aux questions que l’on fait importer et aux moyens mis en œuvre pour y répondre, implique d’être redevable à l’existence des autres, de celles et ceux qui posent d’autres questions, font importer autrement une situation, qui peuplent un paysage sur un mode qui en interdit l’appropriation au nom de quelque idéal abstrait que ce soit.

Il existe des solutions mais celles-ci ne passent pas par une société qui respecterait ses chercheurs. Elles passent par une société qui forcerait ses chercheurs à ne pas la mépriser. Il s’agit d’une lutte pour que nulle position ne puisse définir comme légitime la mise sous silence d’autres, qui sont censées ne pas compter. Mais aussi une lutte à l’humour, le rire, la dérision envers le pouvoir des idéaux abstraits sont cruciaux. Démobiliser (mobiliser = être en temps de guerre, être à l’effort, être dans la rapidité d’agir, donc pas en état de réflexion), apprendre à apprécier le paysage au lieu de le traverser à vitesse maximales c’est, pour les chercheurs, apprendre à rire de ceux qui les menacent de déchéance s’ils osent de pas se consacrer tout entiers, sans questions oiseuses, à l’avancement de la science.




Ce chapitre interroge ce qui définit un chercheur, de quelle étoffe il est fait. Mais aussi quelle est sa place dans la société. Isabelle Stengers questionne la notion de sacrifice de soi, de dédication entière de sa personne pour une cause noble, celle de faire avancer la science. Elle remet en question la sainte objectivité, la rationalité dont tout scientifique doit se pourvoir pour mener à bien son travail, et l’injonction qui va avec de ne pas perdre de temps à se poser de futiles questions (comme simplement prendre du recul par rapport à sa propre discipline), à ne pas confondre faits et opinions (par exemple : la science n’est pas politique et ne doit pas l’être alors même que la science est utilisée dans des décisions politiques à la fois passivement mais aussi activement). Est également abordée l’autorité scientifique dont jouirait tout chercheur et de la façon dont elle est utilisée pour faire taire les opinions différentes et promouvoir des décisions qui doivent être basées sur des faits (objectifs, rationnels, donc l’apanage du scientifique) plutôt que sur les inquiétudes du public qui ne comprendrait pas ce dont il est vraiment question. En plus de suggérer des solutions préexistantes, mais à améliorer, dont les citoyens disposent pour nuancer, contester, remettre en cause la légitimité absolue du scientifique à imposer son point de vue, la notion de « savoirs situés » est avancée, laquelle force le scientifique à considérer d’autres points de vue que le sien, à prendre en compte les autres acteurs du paysage dans lequel il évolue.


Chapitre III : Sciences et valeurs, comment ralentir ?

Chapitre IV : Plaidoyer pour une science « slow »

Chapitre V : Cosmopolitiques. Civiliser les pratiques modernes